Le confinement: un révélateur des dysfonctionnements de notre société

Le confinement: un révélateur des dysfonctionnements de notre société

Alors que la France traverse un épisode de crise sanitaire sans précédent, les Français se retrouvent face à eux même et la société face à ses incohérences. Comment en est ont arrivés là ? Qu’est ce que cette crise nous invite à revoir ?

Lors de l’annonce de la fermeture des écoles, le 14 mars dernier, j’ai pensé à tous les parents qui, comme nous, allaient devoir s’occuper de leurs enfants « H24 » comme on dit. Plus de nounou, plus de crèches. Plus rien, Nada. Juste le sentiment d’être au pied du mur et de ne pas avoir d’autre choix que de faire avec.

Avec les mesures de confinement qui ont été annoncées il y a 2 jours, mes pensées vont plus particulièrement aux parents qui vivent en ville et qui n’ont même pas le droit d’emmener leurs enfants au jardin public. « Considérez que tout ce qui a été touché par quelqu’un d’autre est potentiellement contaminé » a déclaré une médecin virologie lundi matin sur France Inter, exhortant par là les parents à ne surtout pas emmener leurs enfants sur les aires de jeu. Jusqu’alors j’étais restée un peu septique vis à vis de cette épidémie, considérant que le gouvernement faisait les gros bras et qu’il y allait quand même un peu fort pour pas grand chose. Face à l’ampleur de la propagation et parce qu’en entendant cette phrase j’ai compris la logique du confinement, j’ai fini par me résigner.

Résigner est un grand mot car en tant que rurale profonde (80 habitants pour 1500 animaux d’élevage 😉 je mesure la chance inouïe que nous avons de vivre à la campagne. Pour nous, le confinement a relativement peu d’impact sur notre quotidien: nous continuons à nourrir nos animaux, à les traire et à les emmener pâturer dans les champs. Nous avons, comme tout le monde, du réorganiser notre quotidien pour pouvoir nous occuper de nos enfants mais, à minima, nous pouvons les sortir et ça, ça n’a pas de prix.

Cette chance me fait réaliser à quel point l’urbanisation croissante est un non sens. Alors que la principale raison qui a provoqué la désertification des campagnes était la recherche de travail, on se retrouve aujourd’hui avec un niveau de chômage record au niveau national et… un cruel manque de main d’œuvre sur nos territoires ! Tous les chefs d’entreprise, quel que soit leur secteur vous le diront : impossible de trouver un maçon, un ouvrier qualifié, un employé de banque etc. Nous manquons cruellement de main d’oeuvre dans nos campagnes alors qu’en ville les gens ne trouvent pas de travail. N’y a t’il pas là une contradiction à prendre vraiment au sérieux ?

Que ce temps de crise nous permette donc de reconsidérer la valeur de la vie à la campagne, non seulement plus saine et plus juste vis à vis de nos besoins d’espace et de liberté (les mesures de confinement nous le font tous sentir dans notre chair…) mais aussi plus cohérente d’un point de vue économique et social.

Cet article a 3 commentaires

  1. Tatie

    Il faut espérer que cette crise nous amène à repenser notre mode de vie, nos priorités, nos choix, nos rapports aux autres bref notre rapport à la vie. Aujourd’hui il me semble bien difficile de pouvoir dire vers quoi nous allons pencher : poursuivre de manière plus folle encore la mondialisation, la course à l’argent, à la consommation ou revenir à une vision plus à une échelle humaine de la vie dans laquelle nous redéfinirons les valeurs sur lesquelles construire un avenir, avenir dans lequel les enfants d’aujourd’hui pourrons s’épanouir et vivre. Je crois, peut être est ce folie, que l’Homme peut prendre conscience et changer. Du moins je l’espère très fort.

  2. annette goubin

    merci Emilie pour ce petit commentaire. Effectivement quand nous sortirons de cette pandémie, il y aura beaucoup de questions à se poser et des choix politiques à revoir absolument. Mais le fera-t-on????

  3. Jief

    Merci pour ce témoignage et pour soulever quelques unes des questions que ce confinement amène.

    Oui, le paradoxe est grand entre les choix de structuration de nos pays autour de métropoles dépendant entièrement des régions rurales pour la nourriture et l’énergie. Ces mêmes métropoles qui sont les aimants des entreprises alors qu’une grande part du tertiaire pourrait aussi bien fonctionner depuis des zones à peuplement moins dense.
    Les zones rurales quant à elles profiteraient largement de nouveaux habitants et re devenir des régions de développement humain, dans le bon sens du terme.

    C’est hélas un des fruits savoureux de vivre au rythme d’une bureaucratie trop lente pour intégrer les révolutions technologiques comme les évolutions de mentalités dans la société. Tout est encore pensé comme en 2000, quand ce n’est pas comme en 1990.

    Vous avez en effet le bonheur de pouvoir contribuer à la vie de votre commune en associant une activité traditionnelle nourrie des innovations que vous portez.
    Merci d’en témoigner ici et d’essaimer.

    Espérons que cet étrange période de chômage forcé pour de nombreuses personnes soit propice à un minimum d’introspection et de questionnements.
    Qui sait, nos fonctionnements pourraient en sortir un peu modifiés.

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